Depuis plus de quarante ans, le 24 mars commémore le jour où, le Dr Robert Koch a découvert la bactérie responsable de la tuberculose en 1882, un premier pas vers son dépistage et son traitement. La tuberculose reste, toutefois, l’une des maladies infectieuses les plus meurtrières au monde : jusqu’au Covid-19, la tuberculose était la principale cause de mortalité par un seul agent infectieux après le virus du SIDA[1].

La tuberculose est une maladie contagieuse due au bacille de Koch qui affecte principalement les poumons. L’infection se transmet par voie aérienne via des gouttelettes contenant les bactéries. Lorsque ces dernières sont expectorées par la toux des malades, il suffit d’en inhaler un petit nombre pour être infecté. Toutes les personnes infectées ne développent pas forcément la forme active de la maladie. Le bacille peut en effet rester dans l’organisme à l’état « dormant » pendant des années. Son expression active dépend de déterminants génétiques, immunologiques et socio-économiques. Certaines populations sont donc plus à risque. Tel est le cas des personnes immunodéprimées ou atteintes du SIDA, pour lesquelles la tuberculose est mortelle sans traitement[2].

Les traitements actuels recommandés sont une association d’antibiotiques et chimio thérapeutiques d’au moins 6 mois et pouvant aller jusqu’à 2 ans en cas de bactéries résistantes. S’ils ne sont pas complètement suivis, ils peuvent favoriser l’apparition de tuberculoses résistantes aux antibiotiques ou « multirésistantes » (MR), qui sont ensuite transmises à la communauté, et dont le traitement est extrêmement coûteux. Malgré le progrès global réalisé avec l’aide des programmes de l’OMS (« End TB Strategy »), la pandémie de Covid-19 a provoqué de nombreuses perturbations dans le suivi des individus contaminés, si bien qu’aujourd’hui de nombreuses personnes atteintes de la maladie n’ont pas été diagnostiquées et n’ont pas reçu de traitement[3].

Où en sommes-nous dans la lutte contre la tuberculose ? Le point sur la situation.

 « Oui ! Nous pouvons mettre fin à la tuberculose ! » [4]: un message chargé de sens au lendemain de la crise du Covid

Avec un thème porteur d’espoir en cette Journée mondiale, l’OMS rappelle la nécessité de redoubler d’efforts pour renverser les effets négatifs de la pandémie de Covid-19 sur la tuberculose. Fort des leçons tirées du Covid, la tuberculose peut être éradiquée à travers un engagement politique renforcé, une adhésion plus rapide aux recommandations de l’OMS, et une collaboration multisectorielle[5].

Si les cas déclarés avaient diminué au cours des dernières décennies, les décès dus à la tuberculose ont connu une recrudescence pendant la crise du Covid[6]. Selon l’OMS, la réduction des cas déclarés pendant la pandémie suggère que le nombre de cas non diagnostiqués ou non traités a augmenté, entraînant un accroissement des décès et une transmission communautaire accrue de l’infection. C’est seulement dans un deuxième temps, que l’on a pu observer une augmentation du nombre de malades, et en particulier de cas pharmaco-résistants[7]. Des résultats similaires à la tendance mondiale ont pu être observés en France, avec 4.306 cas déclarés et un taux de déclaration de 6,4/100.000 en 2021 contre 4.606 cas et un taux de déclaration 6,8 cas/100.000 en 2020. Il en est de même pour les tuberculoses MR (43 cas en 2021 contre 67 en 2020), pour lesquelles le taux de déclaration a diminué de façon importante ces deux dernières années, alors qu’elle était en baisse régulière mais faible depuis des décennies[8]. Parmi les facteurs à l’origine de ce rebond, on note l’incapacité de fournir des prestations avec la fermeture des services essentiels mais également la diminution des diagnostics due aux restrictions de mouvements et aux difficultés liées aux similitudes des symptômes de la tuberculose et du Covid-19[9]. A cela s’ajoute une baisse, en 2021, des financements mondiaux consacrés aux services de lutte contre la tuberculose qui provenait majoritairement de financements nationaux[10].

Malgré le retard accumulé, l’impact de la pandémie est à nuancer en ce que la diminution des cas déclarés reste limitée au niveau mondial. Des résultats positifs peuvent également être relevés : le taux stable de guérison des patients traités, la qualité des traitements qui a été  maintenue, et plusieurs objectifs fixés par les stratégies de l’OMS qui ont été dépassés[11].

En s’appuyant sur les outils de l’agence sanitaire mondiale et sur les enseignements tirés de la pandémie, les politiques nationales devraient être en mesure de rétablir l’accès à la prévention et aux soins contre la tuberculose pour rattraper ce retard.

De nouveaux vaccins antituberculeux pour atteindre les objectifs des stratégies de lutte contre la tuberculose ?

Bien que les pays aient pris des engagements ambitieux pour mettre fin à la tuberculose d’ici 2030 dans les objectifs de développement durable (« The 2030 Agenda for Sustainable Development ») [12], ainsi que dans la stratégie de l’OMS pour mettre fin à la tuberculose (« End TB Strategy »), l’épidémie ne montre aucun signe de ralentissement. Le problème majeur reste celui de la tuberculose pharmacorésistante qui devient une forme de plus en plus commune. Le difficile accès aux services essentiels de dépistage et de soin contre la tuberculose pendant le Covid a mis en évidence la nécessité d’accélérer la prévention grâce aux vaccins[13].

Depuis plus d’un siècle, le seul vaccin homologué pour vacciner contre la tuberculose est le BCG. Si l’absence d’alternatives pendant une longue période est souvent un bon signe, ce vaccin n’est que partiellement efficace : il est certes très utile pour prévenir les formes graves de la maladie chez les enfants mais il protège peu les adolescents et adultes[14]. Dans la mesure où ces derniers représentent près de 90 % des transmissions dans le monde, le vaccin actuel ne permet pas d’enrayer la maladie[15].

En France, le constat est similaire : les populations les plus affectées par la maladie ne sont pas les enfants (malgré la suspension de l’obligation vaccinale ou la récente pénurie de vaccins BCG), mais plutôt les personnes sans domicile, les personnes détenues, et les personnes nées hors de France.  Les principaux éléments de lutte antituberculeuse et de prévention sont l’identification rapide des cas (via la déclaration obligatoire « e-do » accessible depuis avril 2022[16]), le traitement des formes latentes de la maladie et la vaccination BCG[17].

Bien qu’elle soit une mission de l’Etat depuis une vingtaine d’années bientôt[18], la lutte antituberculeuse repose essentiellement sur les dépistages effectués par un réseau de Centres de lutte antituberculeuse (CLAT) sur tout le territoire[19]. Une simple entrave à ces dépistages suffit à ce que les cas de tuberculose ne soient plus détectés, ni traités et se multiplient dès lors au sein de la population.

Cela valant pour de nombreux pays, l’OMS estime qu’investir sur un nouveau vaccin antituberculeux, comme cela a été fait en temps de Covid-19, permettrait d’enrayer l’épidémie de tuberculose plus rapidement tout en économisant les coûts supportés par les ménages malades et en évitant de lourdes dépenses de santé[20].

 

Anahita DE LAFOND

Master Comparative Health Law

Université Paris Cité

[1] World Health Organization, Global Tuberculosis Report 2022.

[2] Tuberculose : informations et traitements – Institut Pasteur.

[3] Face à la progression de la tuberculose, l’OMS appelle à un regain de solidarité | ONU Info.

[4] Journée mondiale de lutte contre la tuberculose 2023. OUI ! Nous pouvons mettre fin à la tuberculose ! (who.int)

[5] Journée mondiale de lutte contre la tuberculose 2023. OUI ! Nous pouvons mettre fin à la tuberculose ! (who.int).

[6] Les décès dus à la tuberculose augmentent pour la première fois en plus de dix ans en raison de la pandémie de COVID-19 (who.int)

[7] World Health Organization, Global Tuberculosis Report 2022.

[8] Tuberculose en France : les chiffres 2021 (santepubliquefrance.fr).

[9] 1. COVID-19 and TB (who.int).

[10] Face à la progression de la tuberculose, l’OMS appelle à un regain de solidarité | ONU Info.

[11] World Health Organization, Global Tuberculosis Report 2022.

[12] THE 17 GOALS | Sustainable Development (un.org).

[13] L’OMS annonce la création d’un Conseil d’accélération pour les vaccins antituberculeux (who.int).

[14] Tuberculose : informations et traitements – Institut Pasteur.

[15] L’OMS annonce la création d’un Conseil d’accélération pour les vaccins antituberculeux (who.int).

[16] La télé-déclaration de la tuberculose désormais ouverte aux déclarants sur e-do (santepubliquefrance.fr).

[17] Tuberculose en France : les chiffres 2021 (santepubliquefrance.fr).

[18] Loi de recentralisation du 13 août 2004.

[19] La lutte contre la tuberculose en France – Ministère de la Santé et de la Prévention (sante.gouv.fr).

[20] An investment case for new tuberculosis vaccines (who.int).

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